Leur scène est une cathédrale que Dieu lui-même aurait déserté devant l’arrivée du macabre Papa Emeritus, désormais quatrième du nom, et de ses goules effrayantes. Parce que même le divin ne saurait saisir, classer ou arrêter les suédois de Ghost, bien décidés à répandre un catéchisme sans lumière, fait de fléaux et de tourments éternels.
Depuis 2006 et pendant 15 ans, la formation a cultivé le secret sur son identité mais envoie comme une vérité des riffs lourds et engagés, des mélodies imparables saupoudrées de liturgie que les fans de metal et les adeptes de Satan adorent. Ajoutez à cela une pop ensorcelante et vous obtiendrez un mélange qui va bien au-delà du genre et qui élargit le public du groupe à chacune de ses apparitions occultes.
Parce que c’est sur scène que Ghost prend toute son ampleur. La formation, adoubée par les tôliers de Metallica, crée un univers où l’espoir n’a plus sa place, où les civilisations disparaissent et où l’Antéchrist règne en maître. Grimé en anti-pape à la tenue et à la tiare scintillantes, Tobias Forge bénit ses fidèles à l’encensoir avant de faire rugir sa voix gutturale. Autour de lui et alors qu’il revient en costume à queue de pie ou à paillettes, le chaos prend place avec une précision millimétrée. Les goules s’entrechoquent et s’invectivent autant que les guitares, la basse gronde et la batterie se déchaîne. Derrière le maquillage, c’est un charme destructeur qui opère.
Dans ce fracas intensément mélodieux, le Diable est bien évidemment invoqué. Mais si la religion est une source d’inspiration pour Ghost, la formation pose aussi un filtre sombre sur les enjeux du monde : nations orgueilleuses, stupidité glorifiée, dirigeants aussi bas que les enfers… C’est la société tout entière qui est vouée à plonger dans leurs flammes.
En 2006, c’est à Linköping en Suède que le Diable se fraye lentement un chemin parmi les mortels. Il faudra attendre 2010 pour qu’il se dévoile enfin aux yeux de tous à travers Ghost et son premier album, Opus Eponymous. La tournée qui suit dévoile son ambiance de fin du monde et met le public d’accord dès les premiers accords. Ghost est le groupe de metal que le monde attendait, celui dont l’univers et l’audace franchiront les frontières du genre.
Si Ghost a rapidement fait tomber l’Amérique et la Suède dans son ministère satanique, c’est avec Meliora, son troisième album qu’il convertit le public français. Jamais entré dans le top 200, le groupe se trouve propulsé à la 17ème place des classements de l’Hexagone et attire l’œil de Canal + qui les invite à jouer dans son émission « L’album de la semaine ». Le succès est tel que Papa Emeritus ajoute deux dates à leur tournée, déjà marquée par un passage diabolique à Rock en Seine.
Quand quatre goules musiciennes attaquent leur leader, on n’est pas loin de finir dans un bain de sang. Pour de sombres histoires d’argent, elles quittent la formation et l’identité de tous est révélée à un public qui suspectait déjà Tobias Forge depuis longtemps. Mais les enfers se nourrissent de conflits et Ghost reprend le chemin des studios et des scènes sans faillir, avec une armée de goules toutes fraîches. L’année suivante, ils signent le magnifique Prequelle et assurent en 2019 la première partie de Metallica dans toute l’Europe.
Leur cinquième album, Impera, explore les vices des civilisations avec une précision chirurgicale. Pas assez metal pour certains détracteurs du groupe, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Deuxième place au Billboard, numéro 1 des ventes en Allemagne et en Suède et numéro 5 en France. Pas de doute, le souverain pontife de Ghost n’a pas fini de prêcher sa foi et d’éclairer les scènes du monde de sa lumière obscure.